L’ancienne et la nouvelle école

Au japon il existe un grand nombre d’arts martiaux.

Ceux-ci sont traduits par trois termes :

> Budô = voie de la guerre. C’est un terme moderne qui fait référence à la pratique des arts martiaux comme un mode de vie. Il comprend des dimensions à la fois physiques, morales et spirituelles.

> Bujutsu = technique de la guerre. Ce qui veut dire les applications pratiques de techniques martiales à des situations de combats réels

> Bugei = art martial. Dans le but d’adapter ces techniques pour les enseigner dans un cadre précis.

1. Koryu Bujutsu : les arts martiaux de l’école ancienne

Les arts martiaux créés avant la restauration Meiji (1866) ou à l’Edit Haitôrei (1876) — interdisant le port du sabre  — sont regroupés sous le terme Koryû (c’est-à-dire école ancienne).

La restauration Meiji est aussi appelée révolution de Meiji ou renouvellement de Meiji. Cette période correspond au renversement du shogunat Tokugawa (dynastie de shoguns, signifiant « général », qui dirigèrent le Japon de 1603 à 1867) ainsi qu’au recouvrement des pouvoirs de l’Empereur. Le Haitorei ou Edit d’interdiction des épées fait partie d’une série de mesures prises par le gouvernement pour abolir les privilèges traditionnels de la classes des samouraïs.

Dans une Koryû, est transmis l’enseignement intégral hérité d’un illustre samouraï fondateur de l’école. Dans les arts martiaux anciens, le savoir passe impérativement par le Keiko (l’exercice) qui s’appuie sur la transmission des anciens keiko, l’expérience des maîtres. Chaque Koryû est différente puisqu’elle s’appuie sur leurs références et celles de leur fondateur.

Pour être reconnues et authentifiées les Koryû sont regroupées au sein de deux organisations prestigieuses qui promeuvent les arts martiaux du Japon ancien : la Nihon Kobudo Kyukai (Association pour arts martiaux classiques japonais, membre de la Nihon Budokan) et la Nihon Kobudo Shinkokaï (Société pour la promotion des arts martiaux classiques japonais).

Etre admis dans une Koryû, n’est pas une chose aisée mais un honneur, il faut :

  Être conseillé sur la Koryû qui lui correspond, avec laquelle on possède des affinités ;

  Trouver les parrains, souvent ses professeurs en Gendaï Budo ou des professeurs de ses professeurs, des personnes respectées de la communauté des budô ;

  Par son attitude, sa manière de se présenter, son silence ou ses paroles réservées, s’exprimer comme un débutant dans le kubodo, alors même que le ou la futur(e) élève peut avoir une expérience de vingt de Iai ;

  Recommencer les bases.

 Enfin, être accepté et montrer qu’on accepterait tout autant le refus sans que ceci soit vécu comme une injustice mais bien un jugement qui éviterait de faire perdre du temps au maître, à l’école et à l’élève. Un rejet de la candidature devrait entraîner un remerciement du candidat pour la justesse de l’appréciation,

Le refus d’une Koryû n’entraîne aucunement la fermeture des autres écoles, chacune étant indépendante.

Les koryû ont des enseignements très divers. Certaines enseignent un petit nombre et d’autres une vingtaine d’arts martiaux différents.

Les koryû enseignent par des katas (des séries de mouvements codifiés).

Dans une koryû, tous les membres ont un statut d’élève devant un seul maître, le Soke (Grand maître). Chacun est mis devant la haute maîtrise dans le kata : le deshi (élève) est seul face au soke.

En observant Uchidachi (celui qui avance) l’élève est Shidachi (celui qui répond). Il apprend en agissant. Puis en développant l’intégration des qualités requises par l’école : distance, rythme, intensité, immersion dans le moment, ardeur, etc.

C’est lors d’un kata que se transmet tout l’enseignement de la koryû.

Le kata koryû vise au plus vrai, au-delà du code ou de la convention.

Face au Soke, là où le débutant voit une abstraction du combat, le deshi (élève dont l’école à délégué une capacité à enseigner) perçoit la vérité de l’engagement soutenu par des principes.

2. Gendai Budo : les arts martiaux modernes

Depuis la restauration Meiji, de nouveaux courants ont vu le jour et ces écoles sont des surgeons de gendaï budo, arts martiaux modernes, nés après 1868 comme l’aïkido ou le karaté.

Cependant, tous les arts martiaux modernes ont été créés à partir des arts anciens :

1.      Kano Jigoro a créé le Judo à partir du Kito Ryu et du Tenshi Shinyo Ryu

2.      Ueshiba Morihei a créé l’Aïkido à partir du Daïto Ryu, du Kashima Ryu et du Hozoin Ryu

3.      Funakohi Gichin a créé le Karate Shotokan à partir du Karate-Jutsu d’Okinawa

4.      Le Kendo a été créé en grande partie sur la base du l’Ittô-ryû et pour partie des autres ryû de Kenjutsu.

En comparaison avec les katas anciens, les katas modernes sont plus dans le perfectionnement du geste, dans le polissage de la technique, dans une épure du mouvement.

C’est cela même qui caractérise le budô en tant que Voie : La victoire soutenue par des principes.

De plus comme tous les arts japonais la voie de la perfection dans les budô (donc les arts martiaux apparus entre le milieu du 19 e siècle et le milieu du 20 e siècle) passe par trois étapes :

1.      la simplification : supprimer les gestes inutiles, parasites ; ceux-ci pouvant renseigner l’adversaire sur les intentions, constituent une perte de temps et sont une source de fatigue ;

2.      l’esthétique : un mouvement efficace et précis est un beau mouvement ;

3.      l’efficacité : la puissance.

Ces trois étapes correspondent à trois niveaux :     Shoden -> débutant

Chuden -> moyen

          Okuden -> avancé.

Le budô ne s’arrête pas aux portes des dojos mais doit « emplir la vie » du bodôka (pratiquant de budô) de part ce principe : en travaillant l’art martial, l’humain s’améliore, et cette amélioration à des répercussions sur sa vie de tous les jours.