Depuis quelques mois, ça n’arrête pas. Xbox One et PS4 se sont lancées dans un duel de « qui a la plus grosse »: la plus grosse RAM, la plus grosse palette d’exclu etc. Mais que va réellement proposer la next-gen ? En quoi ces innovations vont changer notre manière de jouer ? Tour d’horizon des évolutions de cette huitième génération.

Open world. Sûrement l’expression la plus utilisée lors du dernier E3 – Electronic Entertainment Expo. Pas de doute la next-gen sera résolument « open world ». Fini les murs invisibles et autres supercheries qui trompent le joueur, place à la liberté de mouvement ! Mais au fait, pourquoi faire de l’open world ?  La réponse est bien évidemment toute trouvée : la demande. Les gens veulent de l’open world, on leur en donne. Inversement, ils en veulent parce que les machines le permettent…

Mais le monde ouvert, c’est aussi la possibilité pour chaque joueur de créer sa propre expérience de jeu. Le cas d’école est bien sûr GTA : vous faites ce que vous voulez, quand vous le voulez. Et si vous jouez sur PC, c’est carrément la fête du slip : codes en tous genres, pour toutes les situations et tous types de joueurs, bref, on se croirait dans un supermarché de la triche et de la déconne. Côté développeur, l’open world est l’occasion de se lâcher, de créer un monde cohérent, bref de faire voyager.

La discrète révolution du level design

Globalement la Xbox One et la PS4 ont 16 fois plus de RAM que la génération précédente. Oui, 16 fois plus ! Concrètement les développeurs ont la possibilité de littéralement noyer le joueurdans une carte immense fourmillant de détails suintants le réalisme le plus criant. Tous les jours, la rédaction prie les esprits de la sagesse, de la force et du courage pour qu’ils ne s’en tiennent pas là. Modéliser tout un tas de bâtiments dans lesquels on ne peut pas rentrer,  c’est frustrant. Tellement frustrant…

On espère que cette next-gen verra la mise à mort des temps de chargement. Vous savez, cette promesse des développeurs qui commence à tourner sérieusement à l’arlésienne. Avec plus de RAM on peut faire des environnements plus complexes, plus aboutis. En clair : améliorer considérablement l’immersion du joueur via le level design. Parce qu’au fond, qu’est-ce qui fait que l’on passe des nuits entières devant notre écran ou notre télé à se faire torturer en continuant tel le dernier des masochistes ? Le challenge et l’immersion.

Les Companion Apps ou la folie du multi-écran ?

Comme souvent, Nintendo a été le précurseur du multi-écran : petit retour en arrière. 1er septembre 1997, la firme installe sa cinquième génération de consoles de salon en France avec la Nintendo 64. Trois ans plus tard sort Pokémon Stadium, vendu avec un étrange objet : le Transfer Pak. Il permettait déjà à l’époque de…transférer des pokémons de sa version rouge, bleue ou jaune vers la N64. Nintendo se permet même de renouveler l’expérience quelques années plus tard avec le « câble Nintendo GameCube Game Boy Advance » (NGC – GBA) en améliorant le principe. Si le transfert de données est toujours disponible, on peut désormais télécharger des minis-jeux, regarder la map, créer des personnages ou des stratégies directement sur GBA. Mais ce n’est pas tout. Il vous manque une manette GameCube ? Pas de souci, sortez votre câble, branchez votre console portable, et hop le tour est joué. Sans oublier la possibilité de pouvoir continuer sa sauvegarde pour peu que l’on possède un jeu sur les deux supports…Qui a dit que la mablette Wii U était une révolution ? D’ailleurs à l’heure où ce test est écrit, la news de la PS Vita comme remote play de Diablo III ultimate sur PS4 vient de tomber…

Le multi-écran n’est donc pas une nouveauté puisqu’il est déjà disponible depuis une bonne dizaine d’années, surtout si on se souvient des Visual Memory Unit (VMU) de la Dreamcast…Néanmoins ce principe est resté jusqu’à aujourd’hui très peu connu du grand public, sûrement à cause de l’obligation de passer par la case porte-monnaie. Mais aujourd’hui, à l’heure des tablettes et des smartphones, tous les gamers ont un second écran à disposition. Pis, ils sont tous plus puissants que les supports portables de l’époque. Alors pourquoi s’en priver ?

Xbox One PS4 Sony MicrosoftLa next-gen devrait donc voir naître une myriade d’application prolongeant l’expérience de jeu en dehors du salon. Déjà Assassin’s Creed Black Flag propose son Companion App sur iOS et Android. Il permet de gérer la flotte de Kenway, de repérer des navires ennemis ou encore d’examiner des cartes au trésor. Battlefield 4 proposera, quant à lui, le mode Commandant : tranquillement assis dans son bus, son métro, ou ses toilettes, le joueur pourra lancer des attaques aériennes depuis son smartphone… Et les exemples pullulent : Rockstar a iFruit pour GTA V, Dead Rising 3 aura également son app, tout comme Watch Dog. Bien entendu les constructeurs ne sont pas en reste. Microsoft a son Xbox One Smartglass et Sony son PlayStation App. Bref, tout le monde se lance sur ce nouveau marché qui a l’air d’être fructueux.

Pour autant, la question de l’utilité d’une telle pratique se pose. Est-ce une mode, comme dans les années 1990 avec la fièvre des jeux de combat et des mascottes, ou une véritable évolutionXbox One PS4 Sony Microsoftdurable de gameplay ? Pour le moment, un rapide tour sur les Companion Apps n’est pas franchement rassurant : malgré toute la bonne volonté du monde, il est difficile d’ignorer le côté « gadget » de la plupart d’entre eux. Finalement ce sont les studios et les développeurs qui auront, une fois de plus, le dernier mot. Le potentiel est là, reste à savoir ce qu’ils vont en faire : simple joujou marketing pour passer le temps dans les transports en commun ou véritable outil indispensable ? Comme disent les Américains : Wait and See…

Toujours plus de partage

La next-gen sera résolument tournée vers Internet. Enfin, elle le sera encore un peu plus que la génération précédente. Grâce au bouton « Share » on pourra partager les moments les plus Xbox One PS4 Sony Microsoftépiques de nos parties et les balancer sur une plate-forme de streaming. D’autant que la Xbox One et la PS4 enregistrent respectivement les 5 et les 15 dernières minutes de jeu. Le temps du gamer solitaire envoyant des photos via mms ou mail pour montrer des situations épiques à ses amis est bel et bien révolu ! Ils ont même pensé à fournir quelques outils de montage ! Sur le papier tout ça est très beau, mais comme rien n’est gratuit, il va falloir une fois de plus passer par la case porte-monnaie. Sans abonnement, dites au revoir au multijoueur en ligne et au partage mondial de vos skills : pour plus de rapidité et de stabilité, toutes les vidéos sont hébergées sur des serveurs à distance. Forcément tout ça a un coût : pour rappel, il faut débourser 6,99 € par mois pour le Playstation Plus contre 5 € pour le Xbox Live Gold. Comme quoi, même la vie sociale se paye…

Allier blockbusters et petits jeux indés

Dans une interview accordée récemment à Francetvinfo, Guillaume de Fondaumière (Directeur Général de Quantic Dream – Fahrenheit, Heavy Rain, Beyond :Two Souls – président de l’EGDF – European Games Developer Federation – et accessoirement Chevalier de l’ordre national du Mérite) a déclaré : « Il y a une vingtaine d’années, on ne s’adressait qu’aux geeks et aux initiés. Mais ces dernières années, on voit arriver de plus en plus de joueurs qui s’éloignent du profil du hardcore gamer et qui ne consomment qu’un ou deux jeux par an. Cela constitue un changement fondamental du marché, et cette tendance va en s’accentuant. »

Quand on sait que Candy Crush Saga réunit plus de 4 millions de joueurs rien qu’en France, on se dit que « de plus en plus » est un euphémisme. Du coup, l’industrie vidéoludique s’adapte à ce nouveau public. Un peu à la façon du cinéma, les studios sortent des blockbusters : Call of Duty, Battlefield etc etc. Pensez que GTA V a coûté la bagatelle de 265 millions de dollars. Rien que ça ! Les sommes engagés sont tellement impressionnantes qu’un échec commercial peut facilement entraîner la liquidation d’un studio entier, aussi gros soit-il. Avec les capacitésXbox One PS4 Sony Microsofttechniques de la next-gen, il y a fort à parier que cette course à regarde-mes-graphismes-qui-te-laissent-bouche-bée va prendre encore plus de vitesse. Mais au fond, n’est ce pas que qu’attendent la plupart des gens ? Se prendre une claque visuelle ? Pour autant, cette dynamique est loin d’être bénéfique. Elle nuit gravement à la créativité des développeurs : comme il faut assurer le hit commercial, on se repose sur des bases que l’on sait efficaces et safe. La diversité de l’offre se réduit, et les gens finissent par se lasser de jouer encore et toujours au même fps/jeu de course/jeu de foot. Et c’est là que les studios indépendants entrent en scène.

C’est l’autre tendance qui risque de s’accentuer encore plus avec cette next-gen : les petits jeux réputés pour être programmés dans le fond d’un garage. Un seul et unique exemple : Super Meat Boy. Le hit indé qui a su se débroussailler un chemin dans cette jungle qu’est le XBLA. En partie libérés des contraintes du marché vidéoludique « mainstream », les développeurs font fleurir leurs petits projets aux quatre coins du net. Gameplay, style visuel, scénario, on trouve de tout, pour toutes les bourses et surtout, pour tous les goûts.

S’il est clair que Microsoft a une longueur d’avance dans ce domaine, on a appris récemment que parmi les nombreux jeux indés qui vont envahir le PSN, il y aura les très attendus Hotline Miami 2 : Wrong Number et The Binding of Isaac Rebirth. Rien que ça…Sans parler de la PS Vita, qui est passé en quelques mois du statut de troll international à celui de terre d’asile estampillée Sony pour les titres indés.

Plus d’open world, plus de multi-écrans, plus de partage, plus de blockbusters, plus de jeux indés. On est en droit d’espérer de très belles choses pour cette next-gen. Alors que nos mains trépignent d’avance de pouvoir enfin tâter les bestiaux, on sait que la déception guette, mais peu importe. Le public est prêt à être charmé, il ne reste plus qu’à laisser la magie opérer.