Kazé Manga a le don de découvrir des petites perles venues du pays du soleil levan ! L’éditeur nous le prouve une nouvelle fois avec brio grâce à ce seinen dont on ne ressort pas indemne. Sprite est l’une de ces oeuvres qui marquent et dont on n’a qu’une seule envie une fois le volume terminé, nous relancer à sa lecture pour y découvrir toutes les  subtilités distillées par l’auteur. Accrochez-vous, le tsunami noir va vous emporter !lo

 

Tokyo, à notre époque. Sû est une lycéenne modèle. Ouverte aux autres et toujours prête à aider son prochain, elle mène une vie paisible entourée de ses deux meilleurs amies, Kiriko, blonde au caractère bien trempé, et Miki, brune ultra timide au petit côté « Moe ».mo
Hélas, ce petit quotidien va se retrouver bouleversé à la suite d’événements étranges que seul Sû est à même de voir, du moins dans un premier temps. C’est ainsi qu’au petit matin d’une journée scolaire qui s’annonçait classique, une soudaine neige noire annonciatrice de malheur se révèle aux yeux de notre lycéenne, et commence à lentement recouvrir la capitale nipponne de son manteau ténébreux. Les cours finis, le trio d’amies se rend chez l’oncle de Sû, Shogo, un no-life à la quarantaine bien tassée résidant dans un luxueux appartement au dernier étage de la plus haute tour tokyoïte. A peine arrivées, les roues du destin se mettent en marche…mpo
La catastrophe pressentie prend la forme d’un gigantesque raz-de-marée d’eau noire engloutissant toute la ville. Toute, à l’exception du dernier étage de l’hôtel de Shogo… S’ensuit alors un survival où tous vont devoir s’entraider et comprendre au plus vite les mystères entourant cette eau sombre qui semble douée de vie et tue toute personne y pénétrant. Mais que cache donc ce terrible déferlement ? Pourquoi Shogo semble-t-il en connaître bien plus sur la situation qu’il ne veut l’admettre ? Qui sont ces enfants qui campent sur le toit de l’immeuble et ne veulent pas en descendre ? Comment une femme enceinte qui tente de traverser l’eau noire se retrouve-t-elle avec un enfant que l’on entend pleurer dans son propre utérus (glauque à 200%) ? Et surtout pourquoi aucun secours ne semble arriver ? Toutes ces questions, et bien d’autres, sont savamment agencées et partiellement résolues par l’auteur, sans jamais frustrer le lecteur avide de connaître le fin mot de l’histoire.mop
En plus d’une histoire bien mystérieuse et d’une sacrée révélation en milieu de tome, Sprite se paie également le luxe de posséder un style graphique qui tranche radicalement avec ce qu’on a l’habitude de voir dans les productions orientales. Dessin à tendance réaliste, expressions faciales marquées et encrage très sombre donnent un caractère malsain et ténébreux à l’œuvre de Yugo Ishikawa. On ressent littéralement la peur des protagonistes, leur désespoir et la face cachée d’eux-mêmes face au seul but qui compte : survivre !mp
Vous l’aurez compris, on ne peut que tomber sous le charme de ce seinen atypique qu’est Sprite. D’une sordide beauté et d’un incroyable scénario, ce manga est à posséder d’urgence pour peu que vous soyez fan d’ambiance survival et de fantastique. Une réussite incontestable pour un titre envoûtant d’un bout à l’autre, à l’atmosphère macabre et oppressante, qui vous fera passer un moment inoubliable de lecture. Espérons que le tome 2 tienne toutes ses promesses ! lo

 

Le premier tome de Sprite avait réussi le tour de force de  scotcher dès les premières minutes de lecture. Sombre, glauque et innovant, ce récit survival/horrifique avait fort à faire pour  se positionner à la hauteur du précédant , en route pour l’aventure au pays de l’horreur versus 2. 
mpLe tsunami mystérieux qui a englouti tout Tokyo, à l’exception du refuge de la belle Sû et de ses amies, s’est retiré aussi vite qu’il était arrivé. La désolation est totale : immeubles en ruines, rues désertiques, tout semble tendre vers la thèse de la catastrophe naturelle. Mais il n’en est rien ! Ce déluge marin d’eau noire n’est autre que le temps, visualisable par une poignée d’être humains seulement !
Les survivants de la Tour le comprennent à leurs dépens : ils ont atterri en 2060, et seul leur immeuble semble avoir été affecté.
D’habitude, le temps se contente de déferler sur le monde pour attribuer une durée de vie aux espèces. Cependant, cette fois, c’est différent : tout l’environnement physique a sauté de 50 ans dans l’espace-temps. Mais que diable s’est-il passé durant toutes ces années pour expliquer la dégradation des habitations ? Pas le temps de comprendre que déjà, notre groupe se fait attaquer par des insectes géants connus sous le nom de « Légions ». Setsuko, l’une des enfants vivant sur le toit de la Tour est malencontreusement enlevée, et la grande partie du récit va s’attacher à l’expédition de sauvetage menée par Sû, Kiriko, le chef du gang des enfants et un Yakuza toxico qui voit en Sû une incarnation divine. Plus hétéroclite que çà, tu meurs !hy
Il n’y a pas à dire, l’auteur distille véritablement goutte à goutte les révélations sur son scénario. On en apprend plus sur les enfants du toit, qui fuient le temps depuis 200 ans, et plus particulièrement sur Setsuko, dont le passé et les raisons qui la poussent à fuir sont excessivement malsains. Le temps semble de plus en plus traité comme une entité douée d’intelligence, une espèce d’ogre dévoreur de vitalité. Ce récit fait également le point sur un événement clé qui a conduit la civilisation à sa perte durant les 50 années de glissement temporel : un mystérieux virus qui fait vieillir prématurément les enfants. Autant dire que les interrogations ne manquent pas et que le suspens ne lâche pas le lecteur.
Niveau graphique, c’est toujours aussi beau, pour qui aime le style plus sombre et réaliste de l’auteur. Le design des légions, et de leur nid inspiré d’Aliens, est absolument terrifiant, et les enfants qui vieillissent sans pouvoir grandir vont clairement vous mettre mal à l’aise. L’aspect de la ville fait penser au fabuleux film I am Legend, avec une nature qui a repris ses droits et une civilisation à genou devant le malheur. Quant à la psychologie des personnages, elle est une nouvelle fois mise à l’honneur, avec un oncle Shogo qui a carrément pété une durite et se croit en plein MMORPG (c’est bien simple, il veut invoquer des reraise pour ressusciter les morts ^^’), mais également des survivants qui sont prêts à tout pour rester en vie, quitte à sacrifier leurs compagnons. Sans parler des lycéennes en pleurs mais tâchant de se montrer forte devant les autres…bref, on s’y croirait et c’est ce qui fait d’emblée l’une des forces de ce manga hors pair.
Allez, plus la peine de faire durer l’attente, ce deuxième volume de Sprite tient absolument toutes ses promesses. Beau, profond, sans temps morts et noir comme la représentation du temps qu’il met en avant, ce manga va droit vers le titre d’œuvre culte s’il continue comme çà. D’autant que l’auteur semble avoir encore de grandes révélations sous le bras, avec une héroïne principale qui cache un terrible secret. Un must, tout simplement !
Si l’excellence scénaristique, le sens du rythme et l’art de la narration devaient avoir une représentation papier, les deux premiers tomes de Sprite seraient largement sur le podium. Riche, éprouvante, originale et jouissive, l’histoire de Sû et des malheureux qui tentent d’échapper au « Temps » a su conquérir le cœur des amoureux de seinen glauque et fantastique. Ce tome 3 fera-t-il aussi bien ?
Nous sommes toujours en 2060, époque que Sû et ses deux amies, Kiriko et Miki, tentent tant bien que mal de découvrir après avoir été catapulté 50 ans dans le futur par un tsunami d’eau noire : le « Temps ». Avec d’autres rescapés de la déferlante, elles tentent d’organiser la survie du groupe dans cet environnement désolé et sauvage qu’est devenu notre bonne vieille Terre. Notre trio s’aventure donc en compagnie de Tsuhima, le yakuza/junkie, au cœur d’un Tokyo dévasté où la nature a repris ses droits. C’est l’occasion pour le lecteur de découvrir tour à tour le passé de nos héroïnes et ce qui s’est passé durant ces 50 ans où elles ont disparu : le virus du vieillissement prématuré a déclenché une troisième guerre mondiale qui a ravagé la planète, la population est tombée dans l’anarchie, les animaux domestiques sont retournés à l’état sauvage, … une véritable apocalypse !
Nos collégiennes arriveront-elles à surmonter leur isolement, à survivre dans l’hostilité de ce monde qu’elles ne connaissent pas et à percer ses mystères ? Une « partie » des réponses dans ce tome^^.
Car oui, l’auteur est loin d’avoir livré tous ses secrets, il en crée même de plus en plus, poussant le lecteur à investiguer encore et toujours sans jamais rendre l’épreuve rébarbative. Que du contraire ! Certaines pièces du puzzle commencent à se mettre en place : on comprend pourquoi la vague de temps a déferlé sur l’immeuble où Sû avait trouvé refuge, on apprend que cette dernière avait déjà été spectatrice de pareil tsunami temporel étant plus jeune, qu’elle avait un frère, et que son destin semble intimement lié à tout ce qui secoue le monde actuel. Sincèrement, c’est un peu comme regarder un excellent épisode de Lost, la compréhension en plus ! Yugo Ishikawa prend un malin plaisir à nous livrer un indice, une explication, qui amène un nouveau mystère, une nouvelle question, et le pire, c’est que jamais on ne se sent frustré. Le final de ce tome est, à ce titre, un modèle de tension permanente, le « Temps » semblant doté d’une volonté propre, et commençant à se détraquer par endroits. Un régal, tout simplement.
Qui plus est, le niveau technique n’est pas en reste, avec un dessin à tendance réaliste qui s’affine de plus en plus, notamment dans les décors, et un découpage qui force le respect, même durant les séquences un peu plus nerveuses. En parlant de nerfs, justement, ce tome fait la part belle à certains recoins sombres de la nature humaine, et les caractères face au désespoir se marquent plus profondément. De la résignation à l’abus de pouvoir, en passant par le mercantilisme pur et dur, un grand pan de la psyché humaine est brassé par l’auteur, et on se surprend à se comparer à tel ou tel personnage, qui réagirait comme nous dans pareil cas, voire même à reconnaître un ami, un voisin, un parent. Tout cela rend le récit extrêmement humain, touchant, et la fois dérangeant car bien qu’il s’oriente vers le fantastique, Sprite n’en demeure pas moins étrangement « réel ». Ajoutons à cela le fait que Monsieur Ishikawa ai rajouté deux-trois touches sexy toujours de bon goût, histoire de contenter les otakus en herbe, et vous obtenez ni plus ni moins que le meilleur manga survival/fantastique qu’il m’ait été donné de lire. Une réussite, tout simplement !