Vous connaissez sans doute le terme « sengoku » grâce à de nombreux jeux vidéo et d’animés. Mais ces épiques histoires contées sont-elles véritables ? Je vous propose un petit retour dans le passé pour éclairer votre lanterne sous un jour nouveau, alors suivez-moi.

Des frissonnements d’une période de guerres :

Nous sommes à la fin de la période Muromachi(1335 à 1573). La famille Ashikaga est au pouvoir, tenant le pays grâce au bafuku (gouvernement militaire) qu’elle a mis en place. Néanmoins, l’influence des Ashikaga décline, fragilisant la stabilité du pouvoir.  En 1443,

Yoshimasa Ashikaga, cadet des enfants de la famille, reçoit les rennes du commandement, devenant le huitième shôgun du bafuku de Muromachi. Il est malheureusement trop jeune pour régner et, de fait, une régence est mise en place, affaiblissant davantage la dynastie des  Ashikaga.

Cette perte de pouvoir effective ravit deux chefs de clan qui se déchirent pour obtenir la puissance shôgunale. Le premier n’est autre que Katsumoto Hosokawa, de la famille du même nom, dont les membres sont les principaux vassaux des Ashikaga et vivent dans l’Est du Japon. Son rival, Sôzen Yamana (de son vrai nom Mochitoyo Yamana), est à la tête d’un nouveau clan qui développe fortement son influence, lui aussi dans l’Est du pays.

Quelques années s’écoulent et Yoshimasa ne parvient pas à affirmer sa position de shôgun. De surcroît, les dettes contractées auprès des paysans sont tellement importantes qu’il doit faire treize édits afin de les soulager financièrement. Mais ce n’est pas les seuls problèmes auxquels le shôgun doit faire face : il n’a aucun enfant héritier alors qu’il doit désigner son successeur de son vivant. C’est ainsi qu’il nomme son frère Yoshimi, futur shogun. Cependant, en 1465Yoshimasa devient père grâce à la naissance de Yoshihisa. Seulement voilà, le shogun ayant officiellement nommé son frère en tant que successeur, la naissance de Yoshihisa crée le prétexte à un nouveau conflit d’influence pour les deux clans, Hosokawa et Yamana. Les Hosokawa, qui avaient soufflé l’idée à Yoshimasa de nommer son frère comme shôgun, ne veulent pas changer leur position : pour eux, le futur shôgun est Yoshimi. C’est sans compter sur la volonté de la mère de YoshihisaTomiko, de voir son enfant accéder au shôgunat.  Elle se rapproche dès lors deSôzen, afin de concurrencer et détruire les Hosokawa. Alors même que le shôgun Yoshimasatente de calmer les envies belligérantes des deux familles, ces dernières organisent leurs troupes et signent des alliances. En 1466, Katsumoto et Sôzen ont mis en position plus de 80 000 hommes à Kyôto. La guerre nommée « guerre d’Ônin » s’ouvre donc inexorablement en 1467 (« Ônin » étant le nom de la région autour de Kyôto à l’époque). Durant le conflit, la ville de Kyôto est réduite en cendres. Il n’y subsiste que les quartiers des généraux, le palais de l’empereur et la demeure du shôgun. Les troupes des différents clans sont totalement hors de contrôle, le shôgun ne parvient pas à ramener l’ordre même avec la menace de décimer les troupes qu’il considérerait comme rebelles.

On aurait clairement pu croire que Yoshimasa allait perdre la face, mais c’était sans compter sur le destin. Ainsi, sans vraiment savoir comment cela a pu être possible, Yoshimi, le frère du shogun,se retrouve à la tête d’une armée de la famille Yamana, dirigée par Sôzen, autrement dit les rivaux du clan soutenant ce même Yoshimi. La voix du Shogun se fait alors entendre, son frère ayant perdu tout soutien du clan Hosokawa. Yoshihisa devient l’héritier officiel, la famille Yamana est qualifiée de clan rebelle qui doit être châtié, et ce par les Hosokawa. N’ayant plus de raison de se battre, les deux familles auraient dû déposer les armes, mais leur haine mutuelle est telle que les combats se prolongèrent jusqu’en 1477.

A l’émergence de pouvoirs locaux :

Il faut surtout savoir qu’à cette époque, la guerre n’avait pas seulement lieu entre les Hosokawa et les Yamana, que nenni : beaucoup de clans prirent le prétexte de l’affrontement entre ces deux familles  pour rentrer en guerre également. Ainsi, les conflits locaux, entre différentes clans (voire parfois au sein d’une même famille !), éclatèrent aux quatre coins du pays, semant le trouble et la désolation.

En parallèle, les Ashikaga perdirent de plus en plus de leur influence et se coupèrent des responsabilités de leur rang. Ils ignorèrent notamment les reconstructions qu’ils auraient dû ordonner pour que Kyôto ne soit plus un champ de ruines, et se retirèrent dans un monde de raffinement totalement isolé du réel. Par exemple, Yoshimasa, pourtant devenu shogun, passa la fin de sa vie dans le fameux Temple d’Argent (Ginkaku-ji), entouré de milles et un plaisirs. Si bien que les Ashikaga devinrent, au final, les pantins de la famille Hosokawa (et par la suite, de la famille Ouchi, devenue influente lors de la guerre d’Ônin). Le combat, qui n’accaparait au départ que les forces militaires, gagna peu à peu les populations rurales. Celles-ci, avec des samouraïs à leur tête, prirent part aux conflits, plongeant le pays dans le chaos. Le pouvoir du Shôgun devint moindre face à celui des daimyos (littéralement « grand nom »). Les daimyossont, à la base, des anciens shugô (gouverneurs militaire de provinces), qui se sont associés avec des samouraïs lors de ces guerres intestines, et ont affirmé une certaine indépendance vis-à-vis du shôgun.

Au final, les daimyos devinrent si puissants que le rang de « shûgo » disparut. Cesseigneurs de guerres, ou daimyo, afin de s’affranchir du bakufu, prirent la liberté d’édicter des lois et fondèrent les « villes sous le château » : les jôkamachi. Ainsi, la population japonaise ne se trouvait plus sous le contrôle du bakufu via les shûgo mais sous le contrôle de ces fameux daimyos. Ces derniers mirent en œuvres des travaux pour permettre aux paysans de cultiver le riz, mais en retour, ces derniers ne pouvaient en aucun cas désobéir à leur seigneur.

Vous aurez certainement compris que cette lente ascension des daimyos ne s’est pas faite pacifiquement, ceux-ci ayant profité des guerres ayant émaillé le pays pour assoir leur autorité. Cette longue période de troubles a été nommée « sengoku jidai » ou « la période des guerres civiles ». Les daimyos, en plus de s’affirmer sur leurs propres terres, voulaient aussi influencer les homologues voisins. Ainsi, la fin de la période Muromachi fut marquée par une instabilité du pouvoir et de nombreuses révoltes (ou ikki) qui éclatèrent à travers le pays, mais aussi par un développement important du commerce. La création des communautés villageoises permit à des familles, peu puissantes jusqu’alors, d’étendre leur influences. Ces familles portent des noms qui vous sont sans doute familier, il s’agit des clans Oda, Toyotomi et du clan Tokugawa. Les chefs de chacune de ces familles ont une très grande importance dans l’histoire japonaise, car ils sont les protagonistes de l’unification du Japon. Mais je vous raconterai cette histoire lors du prochain article !